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P
ierre
B
éguin
extrait N.1 P. 9 — 11
Avertissement du narrateur

Lecteur, avant de tourner cette page, sachez que ceci n’est pas un roman, que l’histoire que vous allez lire est une histoire vraie, composée de faits authentiques, aussi incroyables puissent-ils paraître, et que toute ressemblance avec des personnes réelles ne serait pas du tout fortuite. Elle s’est déroulée il y a vingt-cinq ans dans une ville côtière des Caraïbes, en pleine célébration du carnaval, et sa part de fiction ne réside que dans les conventions du genre quand l’imagination s’en vient nécessairement éclairer les zones d’ombre de la chronique judiciaire.
La mémoire collective a quelque chose d’une fosse commune où s’entassent des morts sombrés dans l’indifférence: ainsi, pour l’honnête citoyen qui a fait le choix du carnaval, de la légèreté, de l’oubli, le vacarme de l’indignation n’a duré que le temps d’un divertissement. Mais pour moi, persécuté par ce diablotin qui vous souffle à l’oreille les remords dévastateurs, sa rumeur n’a cessé de bourdonner dans ma conscience, souvent ténue, plus forte parfois, malgré les lâchetés et les ambitions qui l’étouffaient. Ne sommes-nous pas tous le jouet des illusions de l’avenir? Jusqu’au jour où les réalités nous font comprendre que les lendemains ne sont pas tels que nous les avions rêvés. Et que nos choix ne sont pas étrangers à nos désenchantements.
Le mal, comme le bien, est affaire de routine, et le masque du vice, comme celui de la vertu, finit par devenir visage. On s’aperçoit alors que l’accoutumance nous conduit tout droit à cette fin sans gloire, mais souvent sans désastre, que la vie procure à ceux qui cèdent à son doux émoussement. Peu d’entre nous se réalisent avant de mourir. …

Ce drame fut pour moi un moment de vérité. (suite...)

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