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P
ierre
B
éguin
extrait N.2 p. 180 — 189
Quand il eut terminé, le sixième juge d’instruction parvint enfin à soutenir le regard de son supérieur. Le temps de son exposé, il avait senti cet œil sévère le dévisager comme s’il voulait fouiller le fond de son âme. Le Procureur se leva brusquement, saisissant au passage une feuille qui traînait sur le coin de son bureau, et alla se planter vers la fenêtre, profondément absorbé, le papier froissé dans son poing. Par le bruissement étouffé de la rue, on devinait confusément l’agitation matinale qui reprenait ses droits après la fureur carnavalesque. Quand il revint s’asseoir à son bureau, le Procureur avait l’air d’un professeur qui va commencer son cours.
– Vous courez au casse-pipe, Montalvos! Vous n’avez rien dans ce dossier que le premier avocat venu ne fera voler en éclats. A part dépenser l’argent public, vous n’arriverez à rien. Même le témoignage de votre cartonero pourrait se briser sur celui des responsables de l’université. Si tant est qu’il puisse témoigner. Vous n’auriez pas dû le relâcher dans la nature...
– Je n’avais pas imaginé pareil scénario. Mais j’ai donné l’ordre hier soir à un inspecteur de le mettre sous protection.
Le Procureur fit une moue sceptique:
– Ces histoires de mafia rouge, la rumeur en a déjà colporté jusque dans ce bureau. On sait que ça existe, mais de toute ma carrière je n’ai jamais vu qu’un réseau ait été vraiment démantelé, ou même des têtes condamnées. Des mafieux, oui, des trafiquants de drogue, oui, mais des trafiquants d’organes jamais! Allez savoir pourquoi!
Il eut une petite toux gênée en appoggiature, avant de reprendre sur un ton de connivence:
– Vous en tenez déjà trois, et vous les tenez bien. (suite...)
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